Sami Al Haj la lanterne et  le voyant rouge

Moncef Marzouki

 

Pendant des années j’ai reçu   et lu attentivement le rapport du département d’Etat sur les violations des droits de l’homme. J’y cherchais non seulement des informations crédibles, et recoupées, mais surtout la condamnation d’un grand pays démocratique de pratiques indignes  ainsi qu’une discrète  mise  en garde adressée à  un certain nombre de régimes clients dont celui qui accable mon pays : La Tunisie.

Depuis le ‘’Patriot Act’’ et surtout  depuis l’ouverture de Guantanamo, le dit rapport va droit à la poubelle.

 Certes quand je le lisais  ce n’était pas dans un  excès de naïveté. La politique US n’a pas basculé du bien vers le mal avec à partir de 11 septembre 2001. Beaucoup de choses pouvaient être dites  bien avant à propos des graves entorses de la politique américaine aux beaux principes clamés haut et fort.

Disons qu’avec Guantanamo, le Rubicon a été traversé,  qu’une ligne rouge a été  franchie.

Cette ligne était la dernière limite tolérable, même par les meilleurs amis …ou  les pires imbéciles à qui on peut  faire  avaler n’importe quoi.

Avec Guantanamo qu’elle le veuille ou non, l’Amérique de Georges Bush a basculé dans le camp des Etats hors la loi

Cette loi est celle du  législateur universel acceptée pour la première fois de l’histoire humaine  par toutes les nations et toutes les cultures : La Déclaration Universelle des droits de l’Homme.

L’administration de Georges Bush prétend que la sécurité des citoyens américains passe par la violation de ces droits  tout en prétendant les défendre et donner la leçon aux autres sur la façon dont ils doivent les pratiquer.

Un conseil amical aux rédacteurs de ce rapport annuel du département d’Etat : Ne plus gaspiller leur temps, et l’argent du contribuable  et ce avant la fermeture de Guantanamo.

Je ne dois pas être le seul à le jeter à la poubelle avec agacement.

 Les citoyens américains ne doivent pas se leurrer sur l’impact désastreux  de Guantanamo sur  image de leur pays. Ils doivent savoir, ô comble du paradoxe  que beaucoup d’hommes et de femmes de bonne volonté et de bonne foi   le rangent  dans la liste concoctée par leur gouvernement  des….Etats voyous.

C’est quoi déjà cette histoire de paille et de poutre ?. A méditer par cet homme qui maintient contre vents et marées cette abjection, que d’aucuns disent croyant et d’autres bigot.

Sami Al hadj dont le  seuls crime  prouvé jusqu’aujourd’hui est  d’être un journaliste d’Al Jazeera , est  dans ce camp de l’horreur aseptisée, où il croupit depuis cinq ans ,  une  lanterne  pour tous les hommes épris de liberté et de justice. Il symbolise la résistance d’un homme seul face à une machine d’autant plus barbare qu’elle se pare de tous les attraits de la sophistication technologique.

Il incarne   beaucoup de  ces valeurs jadis si fièrement portées  par l’Amérique: Le professionnalisme  au service de la liberté, la résistance à l’oppression, le sens inné de la dignité et de l’honneur

Il est aussi le voyant rouge de l’état de ces valeurs  dans un pays qui s’est laissé aller à la facilité de la puissance, de la brutalité et de la vengeance pour régler sa très lourde dette envers le monde Arabo- Musulman et au-delà envers  le monde tout court.  

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Moncef Marzouki est médecin, écrivain, ancien président de la Commission Arabe des droits de l’Homme et membre d’honneur de  Global Coordination for Sami al Haj

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