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Jean-Martin Tchaptchet
La reconnaissance
dans le paragraphe 3 du projet de Déclaration universelle sur les droits
et les responsabilités des personnes, et des ONGs humanitaires que
« … le droit et les responsabilités des
personnes, associations et ligues dans l’approfondissement de l’action
de bienfaisance et de secours pour atténuer les drames humains, pour
éviter le recours à la violence et pour consolider le tissu social ainsi
que la solidarité humaine », est, à mon avis, une urgence de ce début
du 21ème siècle.
L’état actuel des recherches ne permet pas
de déterminer des tendances lourdes dans les pays africains au sud du
Sahara après les événements du 11 septembre 2001.
Il est cependant possible de mentionner les
points suivants :
1. au lendemain des terribles événements
du 11 septembre, la quasi-totalité des
Chefs d’Etats d’Afrique ont adressé au
Président des Etats Unis, des messages de condoléances, de solidarité et
aussi de condamnation de l’attentat ;
2. certains parmi eux ont annoncé leur
détermination de se joindre à la volonté organisée de la communauté
internationale pour combattre le terrorisme,
3. au niveau collectif des Etats africains,
c’est-à-dire de l’Organisation de l’Unité Africaine – devenue depuis
l’Union Africaine-, aucune déclaration, aucune convention, aucun pacte
nouveaux n’ont été adoptés, les dirigeants africains jugeant que la
Convention de l’OUA sur la Prévention et la Lutte contre le Terrorisme
adoptée au sommet d’Alger en juillet 1999 était toujours valable,
4. les mesures contre le terrorisme sont
prises au niveau national. Il s’agit par exemple de législation contre
le blanchissement de l’argent, de séminaires de formation des défenseurs
des droits de l’homme ou des cadres de la police et de la gendarmerie.
5. Beaucoup de dirigeants d’ONGs africains
ont aussi exprimé leur profonde sympathie pour les hommes et les femmes
morts dans l’attentat contre le World Trade Center ;
6. beaucoup de dirigeants d’ONGs et de
partis politiques africains, ainsi que des animateurs de la société
civile africaine, dans le cadre de leurs durs combats quotidien pour la
primauté du droit, ont cependant mis en garde les gouvernements des pays
africains contre la tentation de confondre les défenseurs des droits
humains, de l’environnement, du développement durable, de l’Etat de
droit, du bien-être social, de la démocratie et des libertés
fondamentales avec un quelconque terrorisme,
7. et afin d’harmoniser leurs actions et
augmenter l’efficacité de leurs revendications, ils ont mis en place de
larges- plateformes d’organisations non gouvernementales et aussi une
Organisation de la Société Civile Africaine (OSCA).
Cela étant, les évolutions en cours se
sont poursuivies.
Paix
et sécurité
Entre les années 1963 et 2002, plus de 26
conflits armés ont éclaté en Afrique. Il s’agissait de guerres de
diverses natures : inter Etats, intra Etats, ethniques, religieuses.
Elles ont affecté plus de 474 millions de personnes, soit 61% de la
population du continent ; causé plus de 7 millions de morts ; et
provoqué les déplacements d’au moins 20 millions d’hommes, de femmes et
d’enfants. Par ailleurs, plus de 3 millions de réfugiés ont trouvé asile
dans d’autres pays d’accueil en Afrique. Certaines de ces guerres ont
duré trop longtemps : Tchad, 40 ans ; Soudan 37 ans, Angola, 30 ans,
etc.
Mais le fait majeur qu’il importe de
souligner, c’est que les armes se sont tues sur les principaux fronts.
Des accords de paix entre les belligérants ont été signés ici et là.
Bien que dans certains cas il s’agisse d’accords de paix fragiles,
toujours est-il que les voix de la raison et les aspirations des
populations à la paix l’ont emporté.
Mieux encore, au niveau de l’Union
Africaine, c’est-à-dire des dirigeants africains pris collectivement, un
dispositif de gestion de la paix et de la sécurité sur le continent est
entré en vigueur en décembre 2003 suite à sa ratification.
Un Conseil de paix et de sécurité a donc vu
le jour. Avec les autres instruments du dispositif, ce Conseil vise « la
mise en œuvre efficace des décisions prises dans les domaines de la
prévention des conflits, du rétablissement de la paix, des opérations
d’appui à la paix et de l’intervention, ainsi que de la consolidation de
la paix et de la reconstruction après les conflits ».
Dans ce contexte, la réalisation de la paix
et de la sécurité n’est pas considérée comme une fin en soi, mais comme
un des principaux préalables du succès de toute politique et de tout
programme de développement durable. La réalisation de la paix et de la
sécurité éradique l’environnement privilégié des violations des droits
civiques et politiques et des droits économiques et sociaux des citoyens
du pays en conflit.
Le rétablissement de la paix ne signifie
pas nécessairement la garantie de la sécurité des citoyens. Car les
guerres créent divers types de calamités dont l’élimination n’est pas
spontanée : culture de l’impunité, détresse humaine, affections
psychologiques et mentales, désespoir et augmentation de la pauvreté. Ni
les gouvernements des pays hôtes ou d’accueil, ni les réseaux
traditionnels de solidarité des populations concernées ne peuvent régler
seuls ces états et ces situations. Par ailleurs, que ce soit dans les
pays qui ont connu des conflits, ou dans ceux où il n’y a pas eu de
guerre, les relations sociales sont marquées aujourd’hui par une forte
insécurité qui s’accompagne de formes diverses de violences dont les
solutions exigent aussi les interventions d’organisations non
gouvernementales.
Le
NEPAD : préalables de bonne gouvernance
Sur le plan politique, et depuis la fin de
la guerre froide, des constitutions démocratiques ont été adoptées dans
la majorité des pays africains. Bien que les nouvelles constitutions
soient encore manipulées ici et là pour permettre à des présidents de
rester au pouvoir, certains faits sont là qui illustrent les changements
intervenus depuis une quinzaine d’années : le système de parti unique a
disparu en théorie, le pluralisme politique est instauré même si, en
raison de la faiblesse des partis d’opposition, l’alternance continue
d’être une exception.
Bien que dans la plupart des pays africains
la presse n’exerce pas encore le quatrième pouvoir comme en Occident,
toujours est-il qu’une presse privée abondante fonctionne dans la
majorité des pays. Elle informe l’opinion et la cultive à entendre
différents sons de cloche, différentes opinions ; elle dénonce les abus
de pouvoir, la corruption, les violations des libertés, etc. Elle
supplée dans une certaine mesure la faiblesse des partis politiques qui
sont, comme on le sait, les piliers du fonctionnement démocratique. Bien
sûr, ce travail d’alerte de l’opinion ne plait pas aux autorités en
place, et celles-ci recourent à toutes sortes de mesures répressives
pour rendre la vie difficile, pour ne pas dire impossible aux
journalistes.
Au niveau panafricain, la prise du pouvoir
par les voies non démocratiques, et plus particulièrement par les armes,
a été mise hors la loi.
Deux principaux instruments ont été adoptés
pour veiller à la durabilité de la culture de la primauté du droit et du
fonctionnement démocratique des institutions dans les pays africains.
Ces deux instruments sont d’une part, la
“Déclaration sur la démocratie, la gouvernance politique, économique et
des entreprises”, et d’autre part, le “Mécanisme africain d’évaluation
par les pairs”. L’adhésion des Etats africains à ces deux initiatives
est volontaire.
La mission du Mécanisme africain
d’évaluation par les pairs est définie comme suit :
« Le mandat du Mécanisme d’évaluation par
les pairs africains consiste à veiller à ce que les orientations et les
pratiques des Etats participants soient bien conformes aux valeurs
convenues de bonne gouvernance, de gouvernance économique et des
entreprises, aux codes et aux normes énumérés dans la Déclaration sur la
démocratie et la bonne gouvernance, la gouvernance économique et des
entreprises.[i] »
Cette structure a déjà été constituée et
ses 4 organes fonctionnent : le Forum, le Panel des personnalités
éminentes, le Secrétariat, les équipes d’évaluation.
Ces initiatives au sujet de la gestion de
la paix et de la sécurité, du contrôle et de l’évaluation du
fonctionnement transparent, démocratique et efficace des institutions
politiques et économiques ont été conçues dans le cadre du Nouveau
partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD).
Ce qui est nouveau, innovant et très
important avec le NEPAD, c’est que c’est la première fois que des Chefs
d’Etat africains se prononcent clairement et fermement pour
l’instauration, la sauvegarde et l’imposition de la paix et de la
sécurité sur leur continent. C’est la première fois qu’ils se prononcent
pour le respect de la primauté du droit et de la bonne gouvernance
politique, économique et des entreprises. C’est surtout la première fois
qu’ils créent des mécanismes pour servir à évaluer et à améliorer la
mise en œuvre de principes pour le respect desquels ils se sont engagés.
C’est enfin la première fois qu’ils présentent l’application des
principes et le bon usage des mécanismes comme conditions du succès des
politiques d’attraction des investissements indigènes et étrangers, de
l’augmentation de l’Aide publique au développement (APD) et de
l’annulation des dettes qu’ils doivent aux pays industrialisés.
Je dois également signaler qu’un autre
événement fort important a eu lieu, il y a quelques semaines en Afrique
du Sud. C’est la tenue de la première séance du Parlement Panafricain.
Dans cinq ans, les députés à ce parlement seront élus.
Le
NEPAD : droits économiques et sociaux
Pour en revenir au NEPAD, je dois préciser
que cette initiative panafricaine vise avant tout à moderniser
l’économie africaine. Et comme disent ses initiateurs, le NEPAD a pour
objectif l’intégration de l’Afrique dans la mondialisation libérale que
nous connaissons. Evidemment, tous les Africains ne sont pas d’accord
avec l’orientation de la libéralisation à outrance que veulent les
dirigeants actuels du NEPAD. Je suis un de ces opposants car elle va
pérenniser la division internationale actuelle du travail, aggraver la
pauvreté en Afrique, et élargir le fossé entre les nantis et les
défavorisés.
Parlant des ambitions économiques du NEPAD,
il importe de rappeler où en est l’Afrique pour donner une idée des
tâches à accomplir, et dont les succès sont déterminants pour la
satisfaction des droits économiques et sociaux des populations
africaines.
Pour ce faire, permettez-moi de vous citer
quelques passages d’un exposé écrit par l’Association américaine de
juristes, - une organisation non gouvernementale dotée du statut
consultatif spécial-, présenté à la Cinquante unième session de la Sous-Commission
de la promotion et de la protection des droits de l’homme. L’on peut
lire ici et là dans ce document :
« Jusqu’à la fin des années 70, nombreux
sont les pays africains qui ont progressé sur le plan économique et
social. Mais la subordination aux puissances néocoloniales des élites
dominantes, dans la majorité des pays africains, a entraîné un recul
économique et social progressif d’une grande partie du continent, recul
qui s’est aggravé pendant les années 80 avec les politiques d’ajustement
structurel imposées par le FMI.
« En Ouganda par exemple, si l’on prend le
salaire minimum réel de 1972 comme base 100, on le retrouve à 9
seulement en 1984, c’est-à-dire plus de dix fois inférieur à ce qu’il
était ; alors qu’en 1972, il fallait 60% du salaire réel pour nourrir la
famille, en 1984, ce pourcentage était passé à 450%, ce qui en termes
statistiques signifie la famine[ii].
On trouve dans la source citée divers exemples d’industries ougandaises
totalement dépendantes des matières premières, des systèmes de
fabrication, des machines et même des emballages étrangers.
On prendra un seul de ces exemples, celui
de Mukisa Biscuits, entreprise reconstituée en 1982 avec les crédits du
PNUD et l’assistance technique de l’ONUDI, qui avait fonctionné pendant
les années 50 en utilisant les matières premières locales. Après sa
reconstruction avec l’aide des deux organismes des Nations Unies
précités, Mukisa Biscuits se borne à utiliser l’eau locale pour la
cuisson de matières premières importées ; elle découpe les produits dans
des moules étrangers et les emballe dans du papier et des boîtes
importés de l’étranger aussi. »
Le document de l’Association américaine de
juristes poursuit en ces termes :
« L’Ouganda, comme la plupart des pays
africains, verse à l’étranger des montants bien supérieurs à ceux qu’ils
reçoit sous forme de prêts ou de recettes d’exportation. C’est ainsi
qu’en 1992, la dette extérieure représentait 100,1% du PNB en Afrique en
général et 108,1% dans l’Afrique subsaharienne. En dix ans, le ratio
dette-PNB a doublé en Afrique/Nations Unies, Etude sur l’économie
mondiale 1993, tableaux A.35 et A.36/. »
Tirant des leçons des évolutions en Afrique,
du genre de celle décrite par les juristes américains en Ouganda, la
Commission de l’Union Africaine a constaté que,
«la marginalisation de l’Afrique dans
l’économie mondiale conduit nombre d’observateurs à s’interroger sur
l’efficacité des politiques de stabilisation et d’ajustement mises en
œuvre sur le continent à partir des années 1980 pour corriger le double
déficit du budget et de la balance des paiements.[iii] »
Car ces politiques ont bouleversé les
économies africaines et entraîné sur le plan social, la destruction des
classes moyennes et l’extension d’une pauvreté qui n’est pas étrangère
aux conflits que certains pays ont connus.
Le Rapport de la Commission Indépendante
sur l’Afrique et les enjeux du 3ème Millénaire résume la pauvreté en
Afrique en ces termes :
« quatre africains sur dix vivent dans des
conditions de pauvreté absolue tandis qu’un pauvre sur quatre dans le
monde est africain. Rien que sur la période 1987-98, 46% des Africains
auraient vécu avec moins de un (1) dollar US par jour. Des éléments
récents suggèrent que la pauvreté augmente avec en 1998, près de 291
millions de pauvres sur les 627 millions d’Africains, en hausse de 48
millions depuis 1987. Le niveau de pauvreté devient insoutenable quand
45% des Africains, soit 266 millions de personnes, en majorité des
jeunes, sont concernés[iv]. »
Des efforts sont faits dans les pays
africains en vue de changer cette situation grave. Divers programmes
sont élaborés par les gouvernements avec ou sans la collaboration de la
communauté internationale avec la même ambition. Mais les conditions
internationales sont telles qu’ils ne sont pas réalisables. Pour la
Commission de l’Union Africaine, « l’Afrique n’est plus sûre d’atteindre
les objectifs économiques et sociaux qu’elle s’est fixée, de concert
avec la Communauté internationale, dans le cadre de la « Déclaration du
Millénaire » adoptée en septembre 200 par les Nations Unies et qui vise
notamment la réduction de moitié de la pauvreté sur le continent.[v] »
D’après les estimations de la CEA, pour
atteindre l’objectif de cette Déclaration qui est de réduire de moitié
l’extrême pauvreté en Afrique d’ici l’an 2015, il faudrait un montant de
près de 3.050 milliards US$. Ce qui n’est point faisable.
Les
organisations non gouvernementales africaines
Il importe de souligner que les
changements politiques intervenus dans les pays africains, les
initiatives prises au niveau du NEPAD, et les nouvelles orientations de
l’Union Africaine, sont en partie les fruits des luttes menées par les
organisations non gouvernementales africaines depuis la fin de la guerre
froide pour appuyer les aspirations des masses sociales écrasées par les
conséquences des politiques d’ajustement culturel et de libéralisation à
outrance ; pour promouvoir les revendications spécifiques des femmes en
faveur de l’égalité des genres et des défenseurs de l’environnement pour
un développement durable.
Les organisations non gouvernementales
africaines des droits de l’homme se sont développées pour éradiquer les
séquelles des pratiques du parti unique, renforcer les revendications de
la société civile pour la jouissance des droits civiques et politiques
des citoyens, promouvoir la primauté du droit dans le fonctionnement des
Etats et de leurs institutions, et éradiquer les pratiques barbares,
autocratiques et de pillage instaurées pendant les conflits armés.
Les fronts
sur lesquels les ONGs africaines se battent sont nombreux.
Ce ne sont pas toutes qui ont des mandats
véritables et nobles. L’on doit compter avec les unes qui sont des micro
entreprises camouflées, celles qui sont des relais du gouvernement ou
d’hommes politiques. Leur combativité La qualité des relations entre les
gouvernements et les ONGs sur le continent africain varie d’un pays à
l’autre. Il serait intéressant d’établir une nomenclature et d’expliquer
en identifiant les facteurs favorables et les causes de la pérennisation
de la difficile coexistence entre les deux.
Dans un pays africain dont je ne citerai
pas le nom, le gouvernement vient de publier dans le Journal officiel
son projet de loi sur les organisations non gouvernementales. Parmi les
dispositions de ce projet qui violent les droits de l’homme, je eux
citer celles-ci :
- soumission des ONGs au contrôle d’un
Conseil des ONG et du Ministre de la Fonction publique, du Travail et
des Affaires sociales ;
- la non déclaration (c’est-à-dire le fait
de ne pas s’enregistrer) de l’ONG au Conseil des ONG est punissable
d’une amende et même d’une peine d’emprisonnement ;
- attribution au Ministre de la fonction
publique du pouvoir de nommer des administrateurs de l’organisation en
cas d’emprisonnement de ses dirigeants ;
- défense aux ONG de recourir à la
solidarité pour promouvoir et défendre les droits de l’homme ;
- interdiction aux ONGs locales de recevoir
des financements ou des dons de l’étranger pour promouvoir des causes
incluant des problèmes de gouvernance ;
- interdiction aux ONG étrangères de
mener des activités dans certains domaines. Le projet de loi stipule « qu’aucune
ONG étrangère ne sera autorisée à opérer dans le pays si son mandat
unique ou si ses objectifs couvrent les problèmes de gouvernance ». Dans
le projet de loi, « les problèmes de gouvernance » comprennent la
promotion et la protection des droits humains ». Par ailleurs, les
auteurs du projet de loi entendent par ONG étrangère, celle dont les
membres ne sont pas exclusivement des résidents permanents ou des
citoyens de ce pays.
Voilà ce qui en est d’une législation en
cours de formulation et d’adaptation dans un pays africain qui n’est pas
en guerre. Mais nous savons que la situation est plus difficile dans les
pays politiquement instables, et pire dans ceux où se déroulent des
conflits.
Les
périls des ONGs
Une enquête menée par l’Union des
Associations Internationales (UAI) sur la protection des ONG en mission
périlleuse[vi], fournit des
données sur les autres formes de harcèlements, de répression, de risques
et de dangers que connaissent les ONGs internationales et qui
s’appliquent aussi aux ONG locales africaines. Je résume ces données ci-après :
A. Actes
d’obstruction au bon déroulement de la mission de l’ONG
- interdiction d’accès aux victimes,
- obstacles administratifs à l’accès aux
victimes
- obstacles à la livraison des biens et
fournitures,
- restrictions à la faculté d’aller et
venir,
B. Violences
dirigées contre les biens de l’ONG
- contre les convois (pillage, attaques
contre les véhicules)
- contre les locaux (pillages, attaques
contre les installations)
C. Violences
dirigées contre les personnes travaillant pour l’ONG
- Arrestation-détentions-enlèvements
- Atteintes à l’intégrité (homicides,
blessures, tortures, viols, traitements dégradants)
- Causes de décès ou de blessures (tirs
d’armes automatiques, tirs d’artillerie, bombardements, mines
antipersonnel, mines antichar, diverses armes, accidents.
La question se pose de savoir ce que les
organisations internationales d’une part, les sociétés civiles et les
ONGs des pays africains peuvent faire face aux législations
antidémocratiques qui les réduisent au silence et au discours unique du
gouvernement en place. La question se pose aussi de savoir de quels
mécanismes les organisations de la société civile en Afrique disposent
au niveau régional pour faire triompher la cause de leurs droits
politiques et civiques, puisque c’est de ça qu’il s’agit.
De la
Cour africaine des droits de l’homme et des peuples
Je ne voudrai pas parler du forum mondial
qu’est le Haut Commissariat des Nations Unies pour la protection des
droits de l’homme, des travaux de sa commission et de ses Centres
régionaux techniques sur le terrain. La nomination d’un Rapporteur
spécial sur les défenseurs des droits de l’homme est une initiative
qu’il faudrait exploiter.
Au niveau de l’Union Africaine, vous savez
qu’il existe la Commission des Droits de l’Homme et des Peuples qui
s’efforce de travailler en vue de la mise en œuvre de la Charte
Africaine des Droits de l’homme et des Peuples. Au cours de sa session
de 2004, elle a nommé un Responsable chargé des questions relatives aux
défenseurs des droits humains dont le mandat lui accorde la latitude
d’entendre les Ongs et des droits de l’homme.
Par ailleurs, et suite à l’entrée en
vigueur en janvier 2004 du Protocole relatif à la création d’une Cour
africaine des droits de l’homme et des peuples, cette Cour a été créée.
La Cour examinera les affaires de
violations des droits humains qui lui sont renvoyées par la Commission
africaine des droits de l’homme et des peuples, par les Etats parties au
Protocole et, si l’Etat partie intéressé accepte cette compétence, par
des particuliers et des organisations non gouvernementales. A la
différence de la Commission africaine, la Cour Africaine est habilitée à
rendre des décisions obligatoires et exécutoires concernant les affaires
qui lui sont soumises.
Il est sans doute regrettable que le mandat
de la Cour ne comprend pas la recevabilité des plaintes émises par les
particuliers et les organisations non gouvernementales. Il s’agit là
d’un autre front de combat des ONGs africaines.
Suggestions
Les ONG internationales sont bien pourvues
pour défendre leurs droits et continuer de promouvoir leurs différents
plaidoyers partout où besoin est. Il n’en est pas de même des ONG
locales africaines.
Je n’ai aucun doute que l’objectif à long
terme du mouvement mondial de solidarité et de fraternité pour lequel
oeuvrent les Dirigeants du Bureau International des ONGs Humanitaires,
ne visent pas à transformer les personnes ou les groupes de personnes en
détresse en assistés permanents, les pays ou les groupes de pays frappés
par des calamités naturelles ou artificielles en pays clochards, mais à
les libérer du besoin.
Je voudrai proposer que dans le cadre de
son programme d’action pour les deux années à venir, le Bureau organise
sa solidarité à l’égard de l’Afrique dans deux activités phares.
La première serait une campagne pour la fin
de la culture de l’impunité. Il s’agirait bien sûr des crimes de
génocide, des crimes de guerre, des crimes contre l’humanité, des crimes
de viols contre les femmes et les jeunes filles en temps de guerre en
Afrique. Il s’agit aussi de l’impunité dont peuvent se prévaloir
certains citoyens en raison de leur position sociale, de leurs
richesses, en raison de leur appartenance à l’armée ou à la police, ou
en raison du fait qu’ils entretiennent un groupe armé.
La seconde serait un colloque international
visant à éradiquer dans la culture et les pratiques des ONG locales
africaines, les complexes[vii]
de la fatalité de la pauvreté et des maladies ; les complexes de
l’Eldorado et de la ruée vers l’or de l’Ouest ; les complexes de la
dépendance qui mènent à la clochardisation des élites et à la
dévaluation du travail productif ; les complexes de la tutelle
internationale politique et stratégique.
En vous remerciant de votre attention, je
souhaite de grands succès à notre conférence.
[1] Jean-Martin
Tchaptchet : Coordinateur de S.O.S , environnement à la base ;
Directeur de Coopération Conseil. Ancien haut fonctionnaire du
Bureau international du travail (BIT)
[i] Union Africaine,
Assemblée des Chefs d’Etat et de Gouvernement, The African Peer
Review Mechanism, Doc.AHG/235(XXXVIII) Annex II, Durban, Juillet
2002 (traduction non officielle)
[ii] Mahmmood Mandani,
“Uganda : contradictions in the IMF programme and perspective”
dans The IMF and the South, The Social Impact of Crisis ans
Adjustment, Dharam Ghai éditeur, UNRISD (Institut de recherche
des Nations Unies pour le développement social), 1991
[iii] Commission de
l’Union Africaine, Le plan stratégique de la commission de
l’Union Africaine, Volume 1 : Vision d’avenir et missions de
l’Union Africaine, Addis Abeba, Mai 2004
[iv] Albert TEVOEDJRE,
Vaincre l’humiliation, Rapport de la Commission Indépendante sur
l’Afrique et les enjeux du 3ème Millénaire, PNUD, Cotonou, 2002
[v] Union Africaine,
document cité
[vi] Mario Bettati La
protection des Ong en mission périlleuse, Associations
transnationales/Transnational associations, 2/1999
[vii] J.M Tchaptchet,
Coopération technique en Afrique : les complexes de pauvre
partenaire, D+C Développement et Coopération, Berlin, n°3/1997
Mai/Juin
« Ces
complexes se manifestent sous quatre formes.
La première.
Les représentants des gouvernements ou des organisations non
gouvernementales font spontanément appel à la "générosité" des "
bailleurs de fonds" toutes les fois qu'ils sont confrontés à des
problèmes de financement de leurs activités de fonctionnement et
de développement. lls se comportent comme si leurs Etats
avaient renoncé à leurs responsabilités en matière de levée des
impôts et de collecte de taxes indispensables au financement de
leurs budgets de fonctionnement et de développement à tous les
niveaux. En sorte que pour un "oui" et pour un "non", on lance
une réunion de "bailleurs de fonds" ou de "donateurs".
La deuxième.
Les représentants des gouvernements de pays receveurs formulent
leurs requêtes d'assistance technique en termes d'exigence comme
si les donateurs n'avaient pour seule alternative que de les
satisfaire. A la table des négociations, ils présentent leurs
dossiers comme si leurs pays ou leurs programmes étaient déjà
assurés de l'appui des bailleurs de fonds. Par ailleurs, ces
bénéficiaires qui se sont engagés, en signant avec les autres
partenaires les documents de projets et de programmes de
coopération technique, n'en respectent pas toujours toutes les
règles et les principes de gestion définis d'un commun accord.
En bref, ils se conduisent comme si ce sont eux-mêmes et eux
seuls qui définissent les conditions de jouissance de
l'assistance technique.
Troisième
forme. Il est certaines organisations non
gouvernementales qui clament que les ressources financières en
provenance des pays occidentaux vers l'Afrique, ne devraient pas
être perçues comme aide mais plutôt comme des dédommagements
versés aux peuples africains pour les torts qu'ils ont subi dans
le passé telles que la traite des esclaves et l'exploitation
coloniale. Les responsables de ces organisations raisonnent
comme si la marche de l'histoire était déterminée par les
défaites et les malheurs des plus faibles.
La quatrième
forme. Les bénéficiaires de la coopération technique
n'entretiennent pas de dialogue transparent et professionnel
avec les donateurs sur les problèmes d'intérêt mutuel. Les
premiers, craignant de perdre les fonds promis par les seconds,
adoptent des attitudes subjectives. C'est ainsi que par exemple,
les gouvernements des pays receveurs évitent de prendre des
décisions, d'adopter des politiques ou d'exprimer des opinions -
pourtant innovatrices et favorables aux intérêts de tous les
partenaires -, parce qu'ils pensent à tort que celles-ci
risqueraient de ne pas plaire aux experts des pays donateurs ou
des agences de financement. Il en est de même quand ils ne
confient pas la confection de leurs dossiers de négociations aux
meilleurs experts de leurs pays.».
Deuxième conférence internationale des ONG humanitaires
Genève, 24-25 septembre 2004
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