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24-25/09/2004
Mesdames et Messieurs les honorables
représentants des ONGs humanitaires et de bienfaisance,
Chers Amis,
Que la paix soit avec vous.
Soyez les bienvenus et que votre
séjour à Genève soit agréable.
L’action humanitaire désintéressée
est la manifestation éloquente, sur le terrain, de l’esprit de
solidarité. Cette valeur universelle si fondamentale dans la vie des
êtres humains. Cette valeur commune que partagent les hommes et les
femmes quelles que soient leurs confession religieuse, tendance
spirituelle, école philosophique, orientation idéologique ou couleur
politique.
Manifester l’esprit de solidarité
est d’abord un devoir individuel et collectif.
Il est dicté par des considérations
purement éthiques, reflétant la conscience de l’être humain de la
nécessité de bien traiter les autres êtres humains et de leur être
utile.
Il traduit un sens très
pragmatique, car la solidarité constitue un garant de la survie de
la famille humaine.
Il répond à des injonctions
éminemment religieuses, car c’est le moyen de plaire à Dieu en se
mettant au service de ses créatures.
Si le terme d’action humanitaire
est relativement récent, personne ne conteste son soubassement
religieux qui ne date pas d’hier.
Aimer le prochain, aider la veuve,
l’orphelin et l’étranger, secourir les victimes des catastrophes et
des conflits, assister le malade et le démuni, protéger le faible,
sont des commandements divins, et des qualités humaines qui
découlent d’un attribut de Dieu le Miséricordieux : Rahamana en
araméen – langue de Jesus que la paix soit sur lui – Ar-Rahmane en
arabe.
Les notions hébraïques de hesed
(bienfaisance) (ihsan en arabe), zakhot (aumône obligatoire) (zakat
en arabe) et tsedaqah (sadaqa en arabe) sont ancrées dans la
tradition judaïque qui considère, selon Hermann Cohen, que « la
co-relation entre l’homme et Dieu se constitue à travers celle qui
lie l’homme à l’homme. »
La tsedaqah, qui a une racine dans
la langue araméenne, souvent traduite par charité, signifie justice
et suggère un droit pour celui qui la reçoit. La tsedaqah est donc
plus une œuvre de justice qu’un acte de générosité ; elle ôte à
l’acte de bienfaisance toute connotation condescendante.
Dans le christianisme, le mot
charité, traduction du mot grec agapè et du latin caritas, désigne
une vertu christique : l’amour spirituel et divin. En 1979, le Pape
Jean-Paul II, dans sa première encyclique Redemptor hominis,
rappelait qu’ « une relation vraie avec Dieu exige un engagement
ferme au service du prochain ». Il est dit aussi que « la charité
n’est pas seulement une vertu théologale, comme la foi et
l’espérance, elle est aussi la vertu fondamentale, l’âme des autres
vertus ».
En Islam, le Coran, d’abord,
lorsqu’il évoque des gens du Livre, confirme les qualités de cette
« communauté droite qui, aux heures de la nuit, récite les versets
de Dieu en se prosternant. Ils croient en Dieu et au Jour dernier,
ordonnent le convenable, interdisent le blâmable et concourent aux
bonnes œuvres. » (Coran, 3 :113-114)
Dans la tradition islamique,
al-ihsane, la bienfaisance, est une qualité des croyants décrits
dans le Coran comme ceux qui : « se précipitent vers les bonnes
actions et sont les premiers à les accomplir. » (Coran, 23 :61)
Al-ihsane est un état placé au dessus de la soumission à Dieu
(al-islam) et même au dessus de la foi (al-imane). Les termes
« bienfaisance » et « bienfaisants » apparaissent plus de
soixante-dix fois dans le Coran. L’Islam confirme aussi que le plus
proche de Dieu est celui qui est le plus utile à ses créatures.
Parmi les voix de la bienfaisance
on compte notamment la zakat (aumône obligatoire) liée à la notion
de tazqiah (acte de purification) et la sadaqah (aumône non
obligatoire), liée à la notion de sidq : c’est-à-dire sincérité,
authenticité, désintéressement.
Il est d’ailleurs intéressant de
noter les significations différentes des termes hébreu tsedaqah et
arabe sadaqah, qui ont la même racine sémite, et de relever le lien
révélé entre la notion de justice, garant de la pérennité de toute
entreprise humaine, et celle de sincérité, condition de succès de
toute œuvre humaine.
Mais si manifester l’esprit de
solidarité est un devoir, il est aussi un droit pour tous.
Nul n’a le monopole, ni la
capacité, d’assumer seul d’action humanitaire et de bienfaisance. Ni
Etat ni agence intergouvernementale, ni organisation non
gouvernementale.
C’est le champ de compétition et de
la complémentarité par excellence.
Et, pour reprendre les termes de
l’auteur britannique George Orwell, de même que l’information ne
peut être gérée par un ministère de la Vérité mais par des médias
libres, et que les sentiments humains ne peuvent être décrétés par
un ministère de l’Amour, mais sont le fruit de liens libres entre
eux, il serait absurde de croire que l’action humanitaire peut être
gérée par un ministère de la Bienfaisance.
Par ailleurs, nul n’a le droit de
détourner le sens de l’action humanitaire, pour des besoins
lucratifs ou politiques.
Or, que constatons-nous aujourd’hui
à travers le monde ?
La combinaison du militaire et de
l’alibi humanitaire, l’instrumentalisation politicienne de
l’humanitaire, et le déni du droit à l’action humanitaire à des
individus et des organisations de bienfaisance.
Dans tel pays on interdit l’action
humanitaire à toute institution non agréée par le pouvoir de peur
que cela contribue à promouvoir l’image de l’opposition. Dans tel
autre pays on le fait sous des pressions extérieures prétextant de
l’impératif très à la mode de « lutte anti-terroriste ». Et on
préfère souvent laisser les victimes des guerres, et les sinistrés
des tremblements de terre et d’inondations à leur triste sort.
L’Etat, souvent au fonctionnement médiocre, est incapable de se
substituer à l’action humanitaire de la société civile.
Mais il y a plus grave encore. Les
activistes dans le domaine de l’humanitaire qui ne se plient pas à
la volonté des régimes s’exposent à tous les dangers. Ils sont
persécutés, arrêtés, détenus et menacés des pires exactions.
Ceci est inacceptable. La
communauté humaine tout entière doit réagir à cette abomination. Et
une solidarité entre les individus et les ONG humanitaires doit vite
se mettre en place, notamment entre celles du Nord et celles du Sud,
celles de l’Orient et celles de l’Occident, pour faire face à cette
situation critique.
Mesdames et
Messieurs,
Vous ne trouverez pas meilleur
endroit pour lancer et promouvoir ce réseau de solidarité entre ONG
humanitaires et de bienfaisance que Genève.
Genève est la cité de la Paix et
des droits de l’homme comme en témoignent la présence sur son sol
des nombreuses organisations internationales et non gouvernementales
oeuvrant pour la protection de la dignité et des droits de la
personne humaine et la promotion de la paix.
Genève est aussi, et surtout, la
capitale de l’humanitaire, et ce depuis l’œuvre d’Henry Dunant qui
a, durant la deuxième moitié du XIXème siècle, jeté les bases de
l’action humanitaire moderne.
Le Comité international de la
Croix-Rouge, la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du
Croissant-Rouge, le Haut Commissariat de l’ONU pour les Réfugiés,
les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels, ainsi
que l’ensemble des dispositions du droit international humanitaire,
sont des symboles d’espérance pour les femmes et les hommes en
détresse.
Nous souhaitons donc plein succès à
cette conférence qui sera certainement le lieu de débats
enrichissants et débouchera sur des résolutions utiles pour établir
des moyens et des mécanismes efficaces pour la protection de toutes
celles et de tous ceux qui ont dédié leur vie à la noble action
humanitaire.
Pour terminer, permettez-moi de
saisir cette occasion pour proposer à votre honorable audience
d’avoir en mémoire, tout au long de cette conférence, tous les
persécutés du monde, notamment ceux qui oeuvrent dans l’humanitaire
et qui sont détenus dans les geôles de l’injustice dans les pays de
non droit, et d’avoir une pensée toute particulière à nos sœurs
italiennes, Simona Toretta et Simona Pari, enlevées en Irak.
Merci de votre attention.
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